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Solidarité
télécharger le bon de commande Retour au site de MémoMémo reverse 5 euros à C'Sur le Collectif de Soutien d’Urgence aux réfugiés dans la région calaisienne (sur chaque CD acheté 15 euros)
Alors que la solidarité devient un délit, Mémo a décidé de rejoindre concrètement les « délinquants de la solidarité » en reversant la somme de 5 euros pour chaque vente (15€) de son disque « Depuis toi » à C’sur. Ce Collectif regroupe les associations d’aides aux migrants qui vivent dans le plus grand dénuement autour de Calais et Sangatte (Secours catholique, Emmaüs, la ligue des droits de l'Homme, La Belle étoile, la Cimade, Artisans du monde, l’Auberge des migrants…) Depuis 6 ans, les bénévoles de ces associations oeuvrent sans relâche auprès de centaines de migrants " invisibles ", vivant à côté de nous dans la peur et dans des conditions humaines dignes des pires bidonvilles. Ils sont actuellement plus de 700, en errance sur Calais. Les fonds ainsi collectés seront répartis à égalité entre les différentes associations de C’Sur qui agissent sur le terrain, afin de contribuer au financement d’aides alimentaires, vestimentaires, voire d’aide juridique. Commander le disque de Mémo, chèque à l'ordre de "Mémo Solidarité" à adresser à Sur la plage les pavés 24 rue Louis Spriet 59000 Lille Le récit d'une journée à Calais avec les bénévoles auprès des migrants par Freddy Holleville, alias Mémo. Il y a plusieurs années alors que je m’approchais de Calais par l’autoroute, j’y ai vu des hommes et des femmes qui la longeaient, ils semblaient perdus. Un peu plus loin, je me suis arrêté dans une ville et là, assis sur un banc, deux migrants se tenaient par la main. J’ai tout de suite pensé à la chanson de Georges Brassens « Les amoureux du banc public ». En rentrant chez moi ce soir-là, j’ai écrit une chanson où j’imaginais une histoire à ces deux migrants. Cette chanson qui figure sur mon album a été entendue par quelques bénévoles d’associations calaisiennes et par le collectif «C’sur », ils y ont été sensibles alors je leur ai proposé de l’utiliser s’ils le voulaient. C’était un début mais ça ne me paraissait pas suffisant, il fallait que je donne un sens à cette chanson. Avec Serge, mon manager, nous sommes donc allés passer une journée à Calais pour rencontrer les bénévoles et les migrants. Nous avons passé la matinée avec les bénévoles (certains actifs depuis 15 ans) pendant qu’ils préparaient le repas pour la distribution de midi. Et nous avons discuté avec Martine qui nous explique la situation pour les migrants, les bénévoles et les difficultés qu’ils rencontrent. Dans l’entre fait deux migrants arrivent au local où se préparent les repas, ils viennent juste d’arriver ici à Calais et n’ont rien mangé depuis 2 jours. Les bénévoles leur donnent de quoi tenir jusque midi et leur expliquent où venir le midi pour la distribution. Ces migrants sont heureux d’arriver enfin à Calais car ils imaginent pouvoir passer le soir même en Angleterre ; alors on leur explique que le passage ne se fait pas si facilement et qu’il y a beaucoup de migrants ici, que certains sont là depuis des mois et que le passage est très difficile. En effet, nous pourrons constater plus tard dans la journée le dispositif impressionnant mis en place sur les quais d’embarquement : il faut d’abord pouvoir franchir pas moins de trois clôtures de trois mètres de haut avec du fil barbelé « lame de rasoir » à leur haut, chacune de ces clôtures est surveillée par caméra et détecteur de chaleur ; puis chaque camion passe par un détecteur de CO2 qui permet de savoir si une quelconque personne respire à l’intérieur ; parfois même certains camions sont pris au hasard et passent entre deux énormes panneaux qui ne sont autre que des scanners spéciaux; enfin il y a un passage où des caméras permettent de visionner le dessous des camions. Bref, en voyant cela je comprends pourquoi il n’y a que très peu de migrants qui arrivent à passer de l’autre coté de la Manche. Vient ensuite la distribution sur une place de Calais, il pleut et il y a beaucoup de vent. Certains migrants sont déjà là depuis un bon moment, nous dit-on. Les repas sont servis depuis une camionnette sur une place calaisienne, la police est là, qui guette. Les migrants arrivent d’un peu partout, ils sont jeunes pour la plupart, entre 15 et 25 ans. Deux longues files se mettent en place, la distribution va pouvoir commencer. Quelques uns arrivent blessés, sûrement une chute d’un camion ou une mauvaise coupure mal soignée, ceux là, et les femmes, passent en premier tout naturellement aidés par d’autres qui les soutiennent jusqu’à la camionnette. Puis ils s’installent un peu partout avec leur gamelle de repas chaud. Difficile de savoir combien ils sont, peut être 500, à venir ici chaque jour pour se restaurer. L’après midi, nous rencontrons un homme retraité que j’appellerai André par souci d’anonymat. Il nous emmène voir l’association Salam qui s’occupe de la distribution des repas du soir. Ils sont une petite dizaine à éplucher, cuire, emballer pour que tout soit prêt pour le soir. Ensuite, nous partons avec André rencontrer un petit groupe de Palestiniens et d’Egyptiens qui squattent sur des quais d’embarquement d’un ancien entrepôt. Tandis que nous discutons, l’un d’eux a les yeux rivés au dessus de l’épaule de Serge… on lui demande où se trouve l’Angleterre et bien sûr il braque son doigt au-dessus de l’épaule de Serge. En effet de là où ils sont, quand le ciel le permet, on peut apercevoir la côte anglaise à peine à 35 kilomètres de là. L’un d’eux a 55 ans, il nous explique qu’il est désespéré car il a emprunté près de 15000 euros pour arriver jusque là, qu’il s’est fait arrêter en Italie et que quoiqu’il fasse on le renverra en Italie (La loi européenne prévoit, en effet, un retour dans le premier pays où la personne a été contrôlée. L’Angleterre, qui n’a pas signé ces accords de Schengen, a le droit d’expulser vers le pays d’origine des migrants, qu’importe les guerres, les famines…) il ne pourra pas non plus retourner dans son pays car il ne peut pas rembourser sa dette, et que pour eux la parole donnée vaut bien plus qu’un contrat signé ici. On apprendra aussi que demain un calaisien viendra chercher trois d’entre eux pour les emmener chez lui afin qu’ils puissent prendre une douche, chose qu’ils n’ont pas pu faire depuis 3 mois. André nous explique que ce calaisien prend de gros risques aux yeux de la loi, car il peut être inculpé pour délit de solidarité. En effet, on tolère que les bénévoles aident les migrants à survivre, ils peuvent leur rendre visite mais ils n’ont pas le droit de les emmener chez eux. Les associations ont demandé qu’on leur mette un terrain à disposition pour pouvoir y installer des douches, la demande n’a pas été refusée mais le terrain proposé se trouve à 15 km de là ….. Nous partons ensuite à la rencontre d’un camp de Soudanais ils sont une quinzaine groupés autour d’un feu, ils ont froid. Ils nous expliquent qu’ils sont ici parce qu’ils ont fui la guerre, certains ont tout perdu y compris leur famille, ils n’ont plus d’autre choix que d’essayer de passer en Angleterre pour y trouver une vie meilleure. En attendant, ils survivent ici. Ils sont assez autonomes car certains sont venus en France avec toutes leurs économies et font vivre ce petit groupe. Tout ce qu’ils veulent c’est, pour certains poursuivre leurs études, pour d’autres pouvoir continuer à exercer leur métier qu’ils ont abandonné à cause de la guerre. Vient ensuite le camp des Afghans, qu’on appelle la Jungle. Ils sont environ 600 sur un terrain vague à vivre dans des cabanes de fortune faites de bric et de broc, ils vivent entre 5 et 10 par cabane. A l’entrée du camp, nous rencontrons Mohamed, 23 ans et ses « colocataires ». Avec eux nous rencontrons aussi un homme que j’appellerai Barnabé, un « marginal » calaisien que les migrants ont pris sous leur protection. C’est étonnant comme les rôles peuvent vite s’inverser ?! Barnabé les aide lui aussi de son mieux en emmenant leur linge sale pour le faire laver en ville. Mohamed est tout sourire, il nous explique comment il a fui son pays pour ne pas se faire enrôler par les Talibans Il n’avait pas d’autre solution, soit il était enrôlé par les Talibans soit il était exécuté… drôle de choix ! Alors, il a fui et maintenant il ne rêve que de passer en Angleterre pour trouver un travail et pouvoir envoyer, à ce qui lui reste de famille, de quoi subsister. Parmi les colocataires de Mohamed, il y a aussi Ali un petit bonhomme de 13 ans qui est arrivé ici avec son grand frère, qui, lui, a réussi à passer en Angleterre, mais Ali, lui, n’a pas eu cette chance ou cette force : il est tombé du camion et reste seul désormais avec ses compagnons de galère depuis 2 mois. Avant de quitter Mohamed et ses colocataires pour continuer notre visite dans la jungle, celui-ci nous demande de repasser plus tard pour prendre le thé, nous repasserons donc tout à l’heure. Un peu plus loin dans la jungle, nous apercevons une cabane bien plus grande que les autres et autour de laquelle sont plantées des fleurs, et devant se trouvent des chaussures : c’est leur mosquée, ils l’ont fabriquée ensemble afin de pouvoir continuer à pratiquer leur religion. Nous apprenons aussi qu’ils ont maintenant depuis une semaine une fontaine d’eau à leur disposition à l’entrée du camp. Auparavant, ils allaient se fournir en eau chez un entrepreneur voisin. Parmi eux, il y a un comique qui vient nous voir et se met à chanter pour faire rire ses camarades, j’avoue qu’à nous aussi cela fait du bien de rire un peu, car depuis ce matin nous croisons tant de détresse et à la fois tant d’espoir dans les yeux des migrants qu’on en oublierait presque de leur transmettre un peu de réconfort. Un migrant très jeune lui aussi se joint au groupe, il a le visage brulé : il a voulu passer dans un camion mais celui-ci transportait des produits chimiques qui lui ont brulé la peau. Nous les saluons tous et nous repartons comme promis voir Mohamed pour le thé. Quand nous arrivons, Mohamed est en train de se coiffer devant un petit morceau de miroir brisé, il a enfilé son costume et avec ses colocataires ils ont nettoyé du mieux qu’ils le pouvaient leur cabane pour nous y accueillir. A ce moment, Serge et moi sommes émus par tant d’attentions, si émus qu’il nous est difficile de contenir nos larmes, mais non, nous n’avons pas le droit de craquer face à ce moment inoubliable. Nous nous installons dans cette cabane dans laquelle on ne peut pas se tenir debout. Au beau milieu trône un réchaud sur lequel se trouve une grosse boite de conserve qui leur sert de casserole, et d’où une délicieuse odeur de thé se dégage. La discussion suit son court dans la cabane, Mohamed savait avant de venir en France que ce serait difficile, il le dit à ceux là-bas qui veulent aussi tenter leur chance, c’est une question de survie nous dit-il. Un téléphone sonne c’est celui de Mohamed. Au bout du fil, c’est le grand frère d’Ali qui vient aux nouvelles. Il est content Ali quand il revient dans la cabane, la communication n’a duré que très peu de temps, il n’a ni bonne ni mauvaise nouvelle mais ces quelques instants passés au téléphone avec son grand frère lui ont donné du baume au cœur. Après cette leçon de dignité et d’espoir, nous repartons vers la voiture, je regarde l’heure et je comprends que Mohamed ce soir ne sera pas allé à la distribution du repas pour nous accueillir chez lui et nous offrir tout ce qu’il avait à nous offrir. J’espère qu’un jour il pourra vivre en paix quelque part dans le monde et qu’il pourra faire venir sa fiancée qui attend là bas de pouvoir le rejoindre. J’espère aussi qu’on ne rasera pas cette jungle comme nous en avons entendu parler et qu’on leur laissera ce petit bout de terre perdue à quelques kilomètres de ce qu’ils pensent être le paradis sur terre. Le soir, nous nous retrouvons avec des bénévoles de différentes associations pour réfléchir à ce que nous pouvons faire pour les aider.Quelques suggestions sont proposées mais il est difficile de trouver quelle opération mener pour venir en aide aux réfugiés sans les mettre en danger et aussi sans mettre en danger les bénévoles. A l’heure actuelle, nous avons quelques pistes, comme une journée de débats, rencontres, concerts. C’est difficile mais nous avançons doucement. En attendant, nous voulons continuer à être le relais des associations pour les migrants en emmenant à chacun de nos concerts une exposition photos sur le travail formidable et le combat journalier des bénévoles de Calais et sur ces réfugiés venus de partout dans le monde pour espérer pouvoir, un jour, se poser enfin et vivre en paix tout simplement. Freddy Holleville - Mémo
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